Les délocalisations à l’étranger suscitent des craintes et les formules se déclinent en fonction du secteur ou des destinations concernées. Ce mouvement semble inéluctable et gagne en valeur ajoutée dans les activités de services informatiques.

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Première idée reçue : l’offshore ne concerne pas seulement l’Inde. Loin de là. Un groupe comme Capgemini s’y développe fortement, mais les entreprises françaises passent aussi par d’autres pays. Syntec informatique, auteur d’une étude sur le sujet et qui compte un groupe de travail spécialisé en interne, distingue l’offshore proprement dit, l’Inde essentiellement, du nearshore concernant les délocalisations vers des pays qui sont à trois heures d’avion de Paris. C’est là que se dirigent les entreprises françaises, vers l’Europe de l’Est, surtout la Roumanie, le Maghreb et une partie du pourtour méditerranéen. Deux pays s’ajoutent à cette catégorie : Madagascar et l’Île Maurice également francophones, donc très proches tout en étant à plus de trois heures d’avion. Ces définitions seraient incomplètes sans l’onshore, pratique consistant à faire travailler dans un pays des salariés aux conditions d’autres pays. Ce serait, non pas le plombier, mais l’ingénieur polonais ! Le homeshore, l’incitation à faire travailler des salariés chez eux en télétravail avec des statuts d’indépendants, participerait de la même démarche. Autre idée reçue, l’offshore ne se limite pas, du moins ne se limite plus, à des activités d’automatisation. Directeur d’un cabinet spécialisé en offshore, Scemi, créé en 2002, Alexandre Lemaire explique : « Je distingue trois types d’activités concernées par l’offshore : la saisie et le traitement de données, les activités de centres d’appels, enfin le développement informatique » . Depuis Madagascar, où il a créé la société Ingedata, Stéphane Guillemin témoigne : « Désormais je pratique non seulement de la saisie, par exemple pour la gestion de la paie ou des activités d’édition, mais de plus en plus du back office pour les sociétés Internet » . Cette montée en puissance de l’offshore sur des activités à plus forte valeur ajoutée est le grand tournant des mois à venir. Elle rend le mouvement inéluctable et suscite les plus grandes craintes dans les organisations syndicales, l’offshore devant toucher les postes de cadres et d’ingénieurs. Dernière idée reçue, l’offshore ne signifie pas baisse de qualité. Tous nos interlocuteurs déplorent les moutons noirs du secteur, ceux qui vendent avec le seul argument des coûts réduits. L’offshore aujourd’hui réclame de montrer patte blanche. Et de produire des critères de qualité crédibles. « Ils ne manquent pas , plaide Alexandre Lemaire. Comme les coûts salariaux sont plus bas, nous pouvons créer des postes de chefs de projets sur nos services et imposer encore plus de contrôle que pour une prestation réalisée en France. » Pour sa part, Pierre luc Gervais, directeur général de IIS-MADAGASCAR confie que « la qualité vient de nos recrutements. Nous embauchons de jeunes Malgaches à bac + 5, ils parlent français et lisent l’anglais. Ceci nous permet d’attaquer des marcher a l’export en Cine et aux Etats Unis. » .

Une logique salariale



Un tel mouvement est inéluctable et ne peut que monter en puissance. C’est le sentiment des acteurs du secteur. « Ces différentes opérations, offshore proprement dit ou nearshore, sont en croissance de 30 % par an pour les services. Elles vont représenter 5 à 7 % du chiffre d’affaires des activités de services d’ici à 2009 en France » , précise Jean-François Rambicur, président de la commission économie de Syntec informatique qui pilote la réflexion du syndicat sur la question. « Nous cherchons depuis deux ans à comprendre et à éclairer le sujet vis-à-vis de tous nos interlocuteurs. » Le Munci, association d’ingénieurs informatiques, très vigilante à ce propos, adopte d’ailleurs une position tranchée mais réaliste. « Tranchée » , en répliquant au Syntec informatique que l’offshore n’est pas un système « gagnant-gagnant » mais qu’il détruit des emplois, « réaliste » en relevant son caractère inéluctable. L’emploi et son coût restent en effet au coeur du sujet et de la logique de l’offshore. Selon nos interlocuteurs, l’offshore entraîne des coûts salariaux 1,5 à 3 fois inférieurs à ceux pratiqués en France. Si la qualité ne baisse pas, comme l’affirment les sociétés spécialisées, alors le différentiel impose sa logique. Au lieu de réaliser un seul projet, on pourrait en réaliser 2, 3 ou 4 avec la même dépense salariale. Soumis au client final, ces chiffres se passent de commentaire. « Un ingénieur informatique coûte 400 euros par jour en SSII, 330 s’il s’agit d’un free lance, 150 en offshore » , commente l’un de nos interlocuteurs. À cette logique salariale s’ajoutent d’autres éléments favorables : le développement de moyens télécoms à haut débit, la formation d’ingénieurs locaux, la création sur place d’entreprises spécialisées qui ont fait leurs preuves. Des critères plus informels sont évoqués par nos interlocuteurs. Les 35 heures sont évidemment absentes de cette activité, on fait par exemple 43 h à Madagascar. Et les salariés de l’offshore sont présentés comme étant plus motivés. Dans tous les pays concernés, les salariés locaux veulent atteindre un niveau de classes moyennes. Les transferts de compétences devraient d’ailleurs prendre une autre tournure. Stéphane Guillemin, le PDG d’Ingedata à Madagascar, fait partie de ces patrons de sociétés spécialisées qui ont su anticiper la montée de l’offshore. Sa société compte 140 personnes, elle devrait atteindre les 400 dans moins de trois ans. Dans cinq ans, il souhaite aller en Inde. Il attirera alors des ingénieurs français, bilingues, aptes à encadrer des équipes locales d’ingénieurs. Un directeur commercial à Paris démarche la clientèle, avec une différence notable par rapport à ses concurrents : la pratique de forfaits. Ingedata ne se concentre pas sur une seule activité et le seul avantage des prix bas, mais évolue vers des forfaits, du développement de projets et des engagements de résultats. « Cette mutation devrait nous assurer un temps d’avance » , souligne Stéphane Guillemin. En clair, les SSII françaises ont peut-être un temps de retard si elles veulent s’implanter directement dans les pays en offshore, des pays émergents où leurs ingénieurs trouveront moins prestigieux d’aller s’expatrier. De multiples cabinets spécialisés et des avocats les aident à combler ce retard pour choisir leur sous-traitant local. À l’inverse, certaines entreprises informatiques en sont revenues et « relocalisent » en choisissant des installations en province…

Pour en savoir plus : MADAGASCAR OFFSHORE OUTSOURCING