A Madagascar la culture du « Tanindrazana », basée sur la spiritualité, est appliquée à toutes les facettes de la vie : le sacré, le social, l’économique, l’institutionnel (organisation familiale, clanique, ethnique…). Comme le souligne, un lien très fort existe à Madagascar, entre un individu ou un groupe d’individus et la terre. On le voit dans des coutumes comme la mise en terre du cordon ombilical du nouveau né qui affirme son appartenance et son lien définitif à cette terre ; le lieu de sépulture (un mort sera enseveli dans la terre d’où ses ancêtres viennent, même si il a vécu à des centaines de kilomètres) ; la pincée de terre du « Tanindrazana » emportée en voyage par tout malgache. Une intimité particulière relie ainsi les hommes à la terre, qui est plus qu’un simple attachement nostalgique, mais une appartenance totale des hommes au « Tanindrazana ». (Sophie Goedefroit – 2002). Par ailleurs, le titre de l’hymne national malgache n’est-il pas non plus « Ry Tanindrazanay malala ô » (O Bien-aimée Terre-de-mes-Ancêtres) ?
MADAGASCAR Le prince Rakotoseheno-dRadama (« Printsy Rakoto »), né le 23 septembre 1829, est le fils de la reine Ranavalona I et de son deuxième époux, le général Andriamihaja (premier ministre en 1828). La reine le présenta comme le fils du roi Radama I, bien qu’il soit né quatorze mois après la mort de celui-ci. De ce fait, le 8 octobre 1860, il est déclaré héritier légitime du royaume, sur la place d’Andohalo. Le 23 septembre 1861, à la mort de la reine, il est couronné roi à Mahamasina, sous le nom de RADAMA II. Un traité d’amitié franco-malgache, signé avec Napoléon III, le reconnaît « Roi de Madagascar ». Par la suite, d’autres traités signés avec la Grande-Bretagne et les autres puissances européennes, en font de même.

 

Son couronnement est un souffle d’espoir pour ses sujets, qui étaient usés par les années de privation et de répression marquant la dernière période du règne de Ranavalona I (qui dut faire face à de nombreux complots contre son pouvoir). A son avènement, le français Jean Laborde revient de son exil réunionnais et est nommé Consul de France. Fortement influencé par celui-ci, Radama II se montre comme un roi clément et libéral en abolissant la plupart des corvées et en ouvrant son royaume aux étrangers. Mais ces grandes réformes provoquent de nombreux troubles et un sentiment d’insécurité au sein du pays ; l’anarchie est déclarée. Jean Laborde parvint à faire signer par le jeune souverain (qui se passa de consulter le Premier Ministre (« Praiministra ») Rainivoninahitriniony et les autres notables) une charte accordant à Joseph Lambert, aventurier français, un droit d’exploitation exclusif de tout le nord de Madagascar. Le gouvernement considèra cette décision comme une traîtrise : les ressources de la moitié du territoire national furent cédées aux puissances financières occidentales ; et l’indépendance du pays a été, dès lors, largement compromise. De plus en plus indifférent aux affaires du royaume, le roi refusa de revenir sur sa décision, préférant se consacrer aux amusements avec ses fidèles « menamaso » (« les yeux rouges »), ses compagnons d’orgie et tombant ainsi dans la débauche. Le « Praiministra » et tous les notables du palais prirent alors la décision d’éliminer tous les « menamaso ». Et le roi se fait étrangler le 11 mai 1863, dans un pavillon de l’actuel Rova en reconstruction. Roi traître à son pays, incompétent et influençable, il fut considéré comme le piètre descendant d’une grande lignée de souverains majestueux : il n’est plus que « Radama nanjaka-tapany » (Radama qui n’a « régné qu’à moitié »). Il fut inhumé à la sauvette dans sa propriété d’Ilafy et son nom fut effacé de la liste officielle des souverains de Madagascar. Cette disparition brutale était un moyen de dénoncer la charte Lambert et de préserver l’indépendance du pays. Cela contre les faiblesses du roi laxiste et les désirs coloniaux occidentaux.

La reine RASOHERINA

Lorsque la reine Rasoherina lui succéda, elle raffermit l’interdiction par les lois du royaume d’aliéner la terre aux étrangers. Cela existait bien depuis avant le roi Andrianampoinimerina. Et jusqu’ici aucun président malgache (Tsiranana, Ratsiraka, Zafy) n’avaient osé transgresser ces lois. Même au nom de la pauvreté extrême du peuple malgache. Pas plus que de remblayer la zone tampon située sur la route digue pour y ériger une « ferme-pilote », avec la bénédiction du systèmes des Nations Unies. Mais c’est une autre histoire…