Cet  l’article provient du blog de Alain Rajaonarivony

Nadine est née le 28 mai 1958 à Maisons-Alfort, dans la région parisienne. Elle est donc française de part le droit du sol. Ses parents rentrent à Madagascar quand elle a 2 ans. Le temps d’y passer son enfance, de faire un tour à l’école St Joseph de Cluny à Faravohitra, à St Antoine puis au Lycée Français, elle repart pour l’Europe à 15 ans.

 

Elle va fréquenter l’Ecole des Roches à Verneuil-sur-Avre en pensionnat. C’est un établissement réputé internationalement. Ses condisciples et amis seront les enfants des chefs d’état d’Afrique et d’ailleurs. Elle me dira que parmi ses camarades figuraient le fils d’un président congolais et la fille du premier-ministre du Liban de l’époque. Elle passera 2 bacs, littéraire puis économique car elle voulait faire une école d’hôtellerie. Elle intégrera, en 1979, celle de Glion sur Montreux en Suisse, qui se classe parmi les meilleures du monde dans sa spécialité, où elle décrochera un BTS en gestion hôtelière et touristique.

 

15 juin 2002 Nadine à ParisPlus tard, elle se mariera avec Pierre, un banquier suisse. C’est en couple qu’ils débarqueront à Paris en 2002 pour nous aider dans le combat en faveur de Ravalomanana. Ils n’hésitaient pas à faire l’aller-retour Paris-Genève en voiture ou en avion quand c’était nécessaire. La première fois que nous nous étions rencontrés, c’était chez… Mamy Andriamasomanana. Elle y était avec son mari, venus spécialement de Suisse. Nous y avons coordonné les actions pour essayer de défendre Madagascar contre la Françafrique. A cette réunion, il y avait des intellectuels, de simples citoyens militants… et des traîtres qui allaient nous mettre des entraves dans toutes nos actions. Nadine intégrera l’équipe de «tiako.org», et sera notre correspondante en Suisse. Nous étions redoutablement efficaces, et Nadine se créera les pires jalousies et inimitiés parmi les membres du Tim-Genève comme nous avec ceux du Tim-France. Etant des électrons libres, il était impossible de nous récupérer et on ne supportait pas que l’on soit plus proche de Ravalomanana que ceux qui se prétendaient organismes officiels. Notre amitié avec Nadine se renforcera avec le temps.

 

Puis un jour, elle m’annonce le divorce avec Pierre après des années de bonheur. La crise malgache et son engagement total avait fragilisé son couple et sa société d’import-export, Made In Sun Corporation, basée à Genève. Cette épreuve personnelle, relevant de sa vie privée et relativement banale à notre époque, sera exploitée au maximum par ceux là-mêmes qui étaient déjà nos ennemis en 2002, pour essayer de la salir sur Internet, à coup de fausses informations dans le style presse de caniveau. Son père l’appellera en 2004 pour l’aider à gérer l’entreprise familiale, la Savonnerie Tropicale, où elle occupera le poste de directrice Marketing.

 

André et Odette Ramaroson, ses parents, ont fondé le premier centre pour handicapés de Madagascar, les «Orchidées Blanches». Le soin et la défense des plus faibles est une tradition familiale que Nadine a perpétuée.

 

Nadine a séjourné plus de temps à l’étranger qu’à Madagascar. Fille de bonne famille, elle a voyagé partout dans le monde, parlait couramment les 3 langues officielles de son pays, le malgache, l’anglais et le français, plus l’allemand et l’italien et avait de bonnes notions en d’autres langues. Elle était parfaitement polyglotte. Elle pourrait être qualifiée de produit de la diaspora, caractérisée par une ouverture d’esprit permettant de faire sienne les valeurs positives d’ailleurs tout en gardant fièrement ses racines.

 

Ravalomanana avait promis le «fahamasinana» («sainteté» – éthique), le «fahamarinana» (droiture) et le «changement de mentalité». En fait de changement, ce fut le changement dans la continuité. La première année, malgré certains dérapages, fut magique. Kits scolaires pour tous les enfants, pseudo-réconciliation politique, Bianco pour lutter contre la corruption… Puis il s’est senti en confiance et a commencé à trahir ces idéaux.

L’ambition de Nadine était de redonner leur dignité aux petites gens afin qu’ils  prennent conscience de leurs capacités et de leurs forces et changent ainsi leurs destins. Son poste de ministre de la Population et des Affaires sociales étaient le premier à avoir une couleur politique. Auparavant, ses engagements étaient surtout humanitaires et sociaux.

 

Nadine, Marie-Lucie et Mikael Mai 2005Elle avait beaucoup hésité avant d’accepter le poste, se demandant comment elle allait faire avec cette bande «d’affamés», selon ses propres termes (voir article : «De la lutte des femmes au F.A.M» du 6 février 2009). Je lui ai demandé de ne pas joindre ce gouvernement. «Si tu crois que c’est facile !» me répondait-elle. Les gens des bas-quartiers et les petits fonctionnaires ont commencé à faire circuler des pétitions exigeant qu’elle soit nommée ministre. Ni Andry Rajoelina, encore moins Norbert Lala Ratsirahonana n’avaient envie de l’avoir dans les pattes, connaissant ses convictions (voir article : «Démocrates, faites un miracle»). Finalement, c’est Monja Roindefo, en tant que Premier ministre qui prendra la décision. Elle fut pratiquement la dernière à être nommée ministre, et ce ne fut pas sur la place du 13 mai, mais par une procédure très régulière le 17 avril 2009 (voir article : «Deux gouvernements, sinon rien !»).

Quand elle a accepté, elle me convaincra en me disant : «on ne peut rien faire en dehors du système». Néanmoins, on s’est beaucoup engueulé à ce propos, mais on s’aimait assez pour que cela n’ait pas d’incidence sur notre amitié. Au contraire, cela nous obligeait à réfléchir aux arguments de l’autre. Son papa, à qui j’ai rapporté ces faits lors d’un de ses passages à Paris, s’en est amusé : «Il n’y a que les vrais amis qui s’engueulent !»

 

En mai 2010, j’étais à Madagascar pour enterrer mon père, que Nadine connaissait et estimait. Comme d’habitude, elle m’avait offert l’hospitalité, tout comme elle venait chez nous quand elle était en France. Dans sa voiture, en suivant le corbillard, elle me dit : «Ton père a combattu ! C’est à toi de prendre la relève !» Comme je lui répondais que pour l’instant, j’étais plein de questions, elle a simplement ajouté : «Tu n’as pas le choix !» En écrivant, je m’aperçois que moi aussi, je lui ai répété cette expression souvent. Le sens du devoir, les mêmes valeurs et la même éducation, voilà ce qui nous rapprochait. Le sens du devoir… jusqu’à la mort ?

Mais les pleurs et les lamentations du petit peuple tout le long du chemin jusqu’à sa dernière demeure prouvent qu’elle n’a pas lutté en vain.

Alain Rajaonarivony