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Les paysans malgaches ont décidé de se lancer dans la production de gazole vert fabriqué à partir du jatropha, arbuste originaire d'Amérique latine, avec l'ambition de produire 5% de la consommation de carburant diesel de la Grande Île à l'horizon 2008.
Les plantations vont commencer début décembre dans trois régions de Madagascar, sur une superficie totale de 1 631 hectares. 1 500 paysans participent au projet. "Nous avons l'intention de planter, en collaboration avec des associations de paysans, 5 000 hectares de jatropha d'ici 2007, et 15 000 en 2008", explique Sally Ross, directrice de la société D1 Oils Madagascar, à l'origine du projet. Cette société est la filiale malgache de l'entreprise D1, spécialisée dans la production de bio-diesel. Le jatropha a été importé à Madagascar au début du XXe siècle. Cet arbuste aux grandes feuilles persistantes peut atteindre jusqu'à cinq mètres de haut. Il peut pousser partout, en bord de mer comme sur les hauts plateaux. "Nous fournissons les jeunes plants aux paysans, qui récoltent les graines, les broient et en extraient l'huile que nous leur achetons. Ensuite, nous raffinons l'huile pour la transformer en carburant vert", poursuit Mme Ross. Mais l'huile brute pouvant encrasser les moteurs diesel, l'objectif est d'ouvrir quatre raffineries dans les cinq prochaines années.

UNE PLANTE ROBUSTE
La Grande Île consomme 200 millions de litres de diesel/an. Le jatropha pourrait fournir 5% de cette quantité en 2008, selon les estimations de D1. Et à moyen terme, le pays pourrait exporter une partie de sa production, selon Mme Ross. Le prix d'un litre de diesel jatropha devrait être sensiblement le même que celui d'un litre de gazole ordinaire à Madagascar. Son intérêt est avant tout écologique. Il émet de la vapeur d'eau et non du gaz carbonique, contrairement au diesel traditionnel. "Cette culture représente beaucoup d'avantages pour le paysan malgache et pour le pays", estime Jean-Robert Estimé, directeur du programme Business and Market Expansion, financé par la coopération américaine et partenaire du projet jatropha. "Cette plante est très rustique, nécessite très peu d'entretien, s'adapte aux sols pauvres et est parfaite pour le reboisement. Ensuite, la vente de l'huile procurera un revenu supplémentaire aux paysans estimé à un million d'ariary (400 euros, 472 dollars) par paysan par an", ajoute-t-il. Environ 61% de la population malgache vit avec moins d'un dollar par jour. Les paysans pourraient doubler leur revenu avec la production de jatropha. Les autorités malgaches sont enthousiastes. "Nous sommes très intéressés par ce projet car c'est une énergie alternative", déclare Herivelo Ramialiarisoa, directrice de l'énergie au ministère de l'Energie et des Mines. D1 oils Madagascar a prévu d'investir 250 000 dollars (212 000 euros) dans ce projet en 2005 et 12 millions de dollars (10 millions d'euros) dans les quatre ans. "Nous avons deux craintes : que le rendement des paysans soit insuffisant pour fournir la quantité d'huile attendue, et que l'huile soit directement introduite dans les moteurs avant raffinage, ce qui aurait pour effet de les détruire", a-t-elle conclu. Deux autres sociétés, l'une australienne et l'autre allemande, se lanceraient également dans la filière jatropha. La société D1 mène des projets parallèles en Inde, aux Philippines, en Afrique du Sud, au Burkina Faso, au Malawi, au Ghana, au Swaziland et en Zambie. Cependant, la production de bio-diesel n'a pas encore débuté.
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