De Fianarantsoa à AntsirabeLa nuit qui porte conseil n'a pas réussi à calmer les curiosités de nos hôtes envers deux jeunes filles voyageant ainsi quasi seules à travers Madagascar. Il semblait vital de mettre un nom, et donc celui de nos parents, sur nos fronts. Cela commence à devenir compliqué d'autant qu'à Madagascar, il n'est pas obligatoire de porter le patronyme paternel, selon la décision parentale et il n'est pas rare de rencontrer des frères et soeurs portant chacun un nom différent.
Nous prenons congé après avoir réussi une pirouette polie, au bord de l'impatience d'en finir avec cette maudite question "Mais quelle espèce d'importance?!", maugrée Lanto, pour ne pas dire autre chose... "Ils ne travaillent pas sur le dos du peuple et ne vivent pas de son argent", c'est concis, abat les à-priori et achève assez bien le sujet.
Bye bye Fianarantsoa et vive l'hospitalité malgache! Nous gardons les coordonnées de nos hôtes pour leur faire un coucou à l'occasion.
On reprend la RN7. A une vingtaine de kilomètres au Nord-Est de Fianarantoa, se trouve la bifurcation pour la RN45, menant vers l'Est du pays: Mananjary, Manakara, ainsi que le parc National de Ranomafana.
Nous sommes en plein décor des Hautes-Terres (faussement qualifiées de Hauts-Plateaux selon les géographes). Un relief montagneux, compartimenté, tantôt boisé tantôt dénudé, parsemé de lavaka dûs à l'érosion, tandis que les rizières tapissent le fond des vallées. J'aime beaucoup ce tronçon, avec de bonnes adresses culturelles ainsi que des randonnées à découvrir, davantage méconnues et moins fréquentées que les plages au sable fin. La recherche est différente... Passé Ambohimahasoa justement, nous nous retrouvons dans le "pays" des fameux Zafimaniry, qui seraient des Betsileo réfugiés dans les forêts de l'Est à l'époque des conflits tribaux. Ils sont surtout connus pour leur art du travail du bois, une magnifique signature artisanale... Parmi mes favoris d'ailleurs. Avec un peu de patience, il est possible de visiter leurs villages dont les maisons tout en bois et matières végétales représentent elles-mêmes de véritables oeuvres d'art, certains plus authentiques que d'autres (Ankidodo, Ambohimanarivo,etc...). Mais nous n'aurons pas le temps de bifurquer cette fois-ci...
Pour découvrir ce peuple et leur art, l'ouvrage "A Madagascar, chez les Zafimaniry", de Jean-Pierre Hammer et Pierre Vérin, préface de JL Raharimanana, est vivement conseillé.
On s'approche d'Ambositra, qui demeure une étape à ne pas rater sur cette RN7. A condition d'aimer les marchés et les produits artisanaux typiques.E effet, bâtie à 1350m d'altitude, Ambositra est une grosse bourgade avec je dirais une certaine personnalité du fait de l'architecture traditionnelle avec ses hautes maisons aux balcons et aux volets de bois sculpté. La région vit de ressources variées: élevage, agriculture (riz, manioc et canne à sucre), minerais. C'est ainsi qu'on y fabrique du toaka gasy, le rhum local extrait de la canne à sucre qui fait des ravages parmi les habitants. Mais Ambositra est surtout réputée pour son artisanat: les rabanes (nappes,tapis,colliers,sacs, etc...) aux motifs géométriques très colorés, les vanneries (paniers,corbeilles,chapeaux...), et surtout l'ébénisterie et la marquetterie. Bon nombre des produits artisanaux malgaches prennent leur source ici. J'aime beaucoup déambuler dans ces marchés. Intéressant également, le musée régional Tompon'anarana ("celui porte bien son nom", une reconstitution fidèle d'une maison royale betsileo, avec son parc de boeufs et une collection d'objets anciens et de minéraux. Tentées d'acheter plein de belles choses à forcer de nous y promener, Lanto et moi décidons de rester raisonnables avec des petits voan-dalana (cadeaux,fruits du voyage), tandis que Roger se ravitaille en rhum!
Ambositra-Antsirabe: 93km
Je connais bien cette portion, pour l'avoir antérieurement parcourue à une vitesse de tortue suite à un problème mécanique, mais condamnés à rejoindre en l'état Antsirabe! Et à chaque fois que j'y repasse, je ne peux m'empêcher d'y repenser, n'arrivant pas à me résoudre à l'apprécier sous un autre oeil qu'un mauvais souvenir... Autrement, défilent les paysages des Hautes-Terres, très brumeux en soirée ou au petit matin, souffrant des doron-tanety (feux de brousse), devenus quotidiens dans cette partie de l'île, la radio à tue-tête.
Nous décidons de faire une bonne pause à Antsirabe, une ville et ses environs que j'apprécie particulièrement et qui me rappellent tout un tas de souvenirs.
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