Le mirage du mariage avec un vazaha - La presse regorge de plus en plus d’annonces d’agences spécialisées dans les renc
ontres et les mariages avec des étrangers. Intéressons-nous de près à ce phénomène qui s’amplifie au mépris de la loi et au détriment de la morale. Pour asseoir leur raison d’être et justifier leur légitimité, ces agences affirment que leurs petites annonces répondent à un besoin qui est officiellement celui d’un mariage d’amour mixte. ( Un peu rasciste Non ? le mariage avec un Karan ou un Sinoa , c'est quoi ???)
En vérité, il s’agit ni plus ni moins que d’assouvir les fantasmes d’hommes occidentaux qui rêvent de chair fraîche facile, docile et bon marché, et de satisfaire les besoins de femmes malgaches qui rêvent de luxe représenté pour elles par l’accession à la société de consommation ou encore ceux de femmes qui souhaitent se défaire des chaînes de la médiocrité, de l’étroitesse d’esprit et du « no future ».
Pour leur défense, encore, les agences soutiennent que cette image est erronée et réductrice et se plaisent à raconter quelques contes de fées. Elles se gardent bien d’évoquer les cas de jeunes femmes malgaches qui alimentent les réseaux de prostitution, de pédophilie et de trafics d’organes d’Europe, d’Amérique du Nord et des pays du Golfe. Elles passent sous silence les violences physiques et psychologiques perpétrées par les proxénètes à l’encontre de ces jeunes femmes qui croyaient quitter la médiocrité pour finalement se retrouver en enfer.
Pour leur défense, enfin, les agences prétendent que les femmes qui répondent à ces annonces écrites ou en ligne ne sont pas toutes des ingénues candides ou des petits oiseaux vulnérables des îles. Certes, beaucoup sont jeunes et naïves mais elles sont pour la plupart, majeures et consentantes.
Cette situation complexe s’est amplifiée avec le développement d’Internet. Les petites annonces écrites sont à présent relayées par les annonces en ligne. Grâce à cet outil cool qui donne l’illusion du contact facile, la morale coule encore plus et plus vite. Quel régal de pouvoir sélectionner son partenaire, d’un simple clic de la souris, ni vu ni connu. Les rencontres virtuelles connaissent un essor considérable en raison de prétendus avantages encore plus virtuels : l’image, le choix, la confidentialité et la sécurité. Certaines annonces osent même ajouter en sus la gratuité, la sincérité, voire la réussite et le sérieux. On se demande comment on peut aboutir à une relation sérieuse et réussie lorsque l’on sait, d’une part, que les amateurs et amatrices de petites annonces se réfugient derrière un pseudo ou un alias et d’autre part, que la majorité des annonces sont le fait de joueurs, de curieux téméraires, de mythomanes, de cybercriminels et de frustrés en tout genre.
Dans ces loteries risquées du bonheur, les femmes expérimentées savent qu’elles ont peu de chance de rencontrer le prince charmant mais elles foncent quand même vers le plus offrant car elles se croient toutes malines, convaincues qu’elles parviendront à retomber sur leurs pieds et à maîtriser les évènements. Elles sont prêtes à consentir, au détriment de la santé, de l’honneur et de la morale, quelques sacrifices pour toucher les allocations familiales et pour obtenir la nationalité française, comme s’il s’agissait d’un but en soi ou d’un visa pour la réussite.
Comme souvent, il y aura peu d’élues. Celles qui auront eu la chance d’échapper aux prédateurs sexuels, aux syphilitiques grabataires, et aux repris de justice séropositifs, ne verront pas le dixième des monts et merveilles promis. Certaines obtiendront la nationalité française par chance ou à l’usure mais bien des années plus tard, après s’être tuées au travail pour élever seules leurs enfants déracinés dans un pays hostile, beaucoup se rendront compte que le jeu n’en valait pas la chandelle. Celles qui n’obtiendront la nationalité seront refoulées ou vivront dans la clandestinité, au mieux dans un foyer ou un HLM sous-loué et au pire sous les ponts. Une fois mariées, beaucoup croient à tort que la nationalité française leur est acquise. Or, la réalité est toute autre. L'article 21-1 du code civil français dispose que « le mariage n'exerce de plein droit aucun effet sur la nationalité ». Même si cette disposition légale connaît des assouplissements puisque le mariage avec un citoyen français permet d'obtenir la nationalité française par simple déclaration après un an de mariage ( notamment depuis la loi française N° 98-170 du 16 mars 1998 relative à la nationalité ), des conditions draconiennes ( communauté de vie, absence de condamnation et d’arrêté d’expulsion, assimilation à la communauté française, non opposition de l’administration ) empêchent l’obtention automatique de la nationalité française par le conjoint d’origine étrangère. Ces conditions ont été renforcées par le décret français N° 2005-25 du 14 janvier 2005. Le parcours est donc difficile et risqué pour celles qui cherchent un vazaha dans une agence matrimoniale.
Face à ce constat amer, on peut baisser les bras en se disant que l’on ne pourra rien changer. On peut également réagir pour que le phénomène stagne à défaut de disparaître. A ce titre, il convient de dénoncer les multiples violations de la loi et le laxisme, sans doute complice, des autorités malgaches qui ont autorisé la création de ces agences. L’Etat Malagasy devrait cesser de fuir ses responsabilités découlant de la Constitution, de la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, du Code Pénal et de la réglementation fiscale. Selon la Constitution Malagasy,
« l’Etat organise l’exercice des droits qui garantissent pour l’individu l’intégrité et la dignité de sa personne… » ( art. 17) et « la famille, élément naturel et fondamental de la société, est protégée par l’Etat…. » ( art. 20 ). Ces principes sont repris dans la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et dans la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, auxquelles Madagascar a adhéré. Il convient de rappeler l’article 6 de cette Convention qui dispose que « les Etats prennent toutes les mesures appropriées, y compris des dispositions législatives, pour réprimer, sous toutes leurs formes, le trafic des femmes et l’exploitation de la prostitution des femmes. » L’arsenal répressif ne manque pas puisque les articles 334 et 334 bis du Code Pénal suffisent pour poursuivre ces agences coupables de proxénétisme déguisé.
L’aspect financier et fiscal n’est pas négligeable. Le commerce des ces agences est fort lucratif puisqu’elles prospèrent grâce à des charges de structure moindres et une marge commerciale confortable. Elles paient peu de taxes et impôts dans la mesure où elles ne déclarent qu’une partie des menus frais d’inscription des femmes malgaches et aucun des frais d’inscription élevés payés par les hommes étrangers sur des comptes bancaires ouverts à l’étranger. Au lieu de racketter sans cesse les braves gens, le fisc devrait pointer ses jumelles sur les ressources non déclarées de ces agences spécialisées dan le courtage de rencontres.
Cet article ne fera certainement reculer ni ces jeunes femmes qui n’ont rien à perdre ni ces vazaha qui n’ont pas grand chose à offrir. Il invite l’Etat à prendre ses responsabilités, face à la détresse et la capitulation des parents.
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